Claudia Serban, “Maldiney et l’appel de l’autre”, Revue internationale de philosophie 2025.
À travers cet intitulé, nous aimerions reprendre une question que les lecteurs de Maldiney se sont déjà posée : en quel sens Maldiney est-il un penseur de l’altérité ? Quelle est l’altérité qu’il s’efforce de penser de manière privilégiée ? Dans un article publié en 2016 dans la revue Philosophie et qui s’intitule précisément « Penser l’altérité avec Henri Maldiney », Sarah Brunel émet « l’hypothèse que Maldiney nous confronte à une altérité sans l’autre, ou du moins à une pensée de l’altérité non centrée sur la présence d’autrui : une forme anonyme ou pré-personnelle de l’altérité ». Pourtant, dans son essai sur la transpassibilité, publié dans Penser l’homme et la folie, sur lequel notre propos s’appuiera principalement ici, Maldiney soutient expressément que « le problème de l’altérité commence à son acmé : la question d’autrui ». Cette indication suggère que les figures principales de l’altérité que l’on pourrait déceler dans la pensée de Maldiney – à savoir, l’événement et l’œuvre d’art – ont besoin d’être situées par rapport à l’altérité d’autrui, qui pourrait se présenter dès lors comme l’altérité fondamentale. Sans qu’il ait consacré beaucoup de pages à cette question et sans l’avoir traitée sous la forme d’un exposé systématique, Maldiney y a vu tout de même l’un des points de rupture importants entre l’approche qu’il a essayé d’inaugurer en phénoménologie, en se nourrissant à la fois d’une esthétique située au plus près des œuvres et de la Daseinsanalyse, et les démarches pionnières de Husserl et Heidegger…